Pour une justice en contexte: Etude biblique par la pasteure Elaine Neuenfeldt

3 juin, 2018

Astrid Weyermüller

«Les textes bibliques nous appellent à discerner nos responsabilités sans susciter de sentiments de culpabilité, de honte, voire d’apathie – sentiments qui ne sont ni constructifs ni n’amènent de transformation.» La pasteure Elaine Neuenfeldt, du Département de théologie et de témoignage public de la Fédération luthérienne mondiale, a animé l’étude biblique du deuxième jour de l’Assemblée générale de la Conférence des Eglises européennes.

Faisant le lien entre le texte de la vigne de Naboth (1 Rois 21) et le  thème de la journée, «la justice», elle invite à relever le défi de lire un texte ou une situation contemporaine en cherchant à définir le conflit sous-jacent au problème considéré.

«Rechercher les causes premières revient à se demander ‘Qui profite de la situation? Qui a accès aux ressources? Qui contrôle l’accès? Où est la justice?’, au lieu de se contenter de lire ou d’appliquer les lois et dispositions religieuses ou civiles», déclare-t-elle.

La pasteure Neuenfeldt suggère que l’étude biblique devrait mettre en lumière la responsabilité de l’Eglise en tant que communauté prophétique dont le rôle consiste à témoigner de l’espérance dans une société divisée et confuse. «Les communautés de croyants ont la responsabilité morale de susciter une prise de conscience et de garder une approche critique dans l’analyse du contexte.»

Discuter de la justice économique

Elaine Neuenfeldt invite les délégués à examiner le texte biblique pour discuter de justice en termes d’utilisation de la terre, de modèles de production et de responsabilités au niveau de la consommation, au lieu de se concentrer sur les affrontements entre deux systèmes religieux et deux divinités – l’une bonne, l’autre mauvaise.

Les différents protagonistes du texte permettent de souligner cet élément. Par exemple, le roi Akhab aurait eu le droit de prendre n’importe quelle terre qu’il désirait (1 Samuel 8), mais il se croit obligé de fomenter un plan criminel avec la reine Jézabel. «Tout ce qui se fait conformément à la loi n’est pas forcément juste et bon», conclut Elaine Neuenfeldt.

Naboth, propriétaire de la vigne, peut à première vue sembler simplement obstiné, mais il rejette la proposition d’Akhab au nom du respect de son droit fondamental d’héritier, qui empêche que la terre devienne une marchandise. Avec leur plan, Akhab et Jézabel introduisent en douce un nouveau système économique. Le texte ne parle pas de la femme de Naboth ni de ses enfants, mais ils sont touchés par les conséquences de cette spoliation. «Ils sont privés des ressources économiques qui assurent leur place active dans la société.»

Les injustices dans l’Europe actuelle

L’Europe actuelle est frappée par nombre de problèmes et d’injustices, dont la pasteure Neuenfeldt mentionne quelques exemples: non-respect du salaire minimum des migrants qui travaillent dur dans les serres espagnoles pour produire les légumes de l’Europe; mainmise sur les terres, notamment en Europe orientale, «qui se traduit par une profonde rupture avec le modèle européen  de l’exploitation agricole familiale et l’objectif de conserver un système agricole diversifié et aux fonctions multiples»; utilisation abusive de terres agricoles à toutes sortes de fins, y compris la production d’énergie prétendument écologique, connue sous le nom d’«accaparement vert».

Face à des défis, Elaine Neuenfeldt plaide en faveur d’un changement de perspective: «Ce conflit porte sur le modèle de développement et la manière dont il traite les gens et la terre. Il ne concerne pas la possession de la terre, mais son utilisation et les modes de production respectueux de l’existence, de la dignité humaine, de la nourriture et de la qualité de vie.»

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